Il y a un « tramway » qui relie Paris, Berlin, Grenoble, Varsovie, Luxembourg, Amsterdam, La Haye et Genève.
Un tramway nommé désir.
C’est celui que Warlikowski a mis en scène, dans l’adaptation de Wajdi Mouawad, d’après l’oeuvre de Tennessee Williams et qui vient d’être créée à l’Odéon. Nous en sommes les heureux coproducteurs.
On dira et l’on entendra beaucoup de choses sur la mise en scène de Warlikowski, mais on retiendra cette image rémanente : l’interprétation du rôle de Blanche Dubois par Isabelle Huppert. La plus grande actrice française est ici portée à son point d’incandescence. On pourrait dire, comme on le faisait des chorus de Coltrane, que c’est une version définitive. Vous l’avez bien lu, nous sommes la seule ville en région à accueillir le spectacle, ce sera en décembre prochain.
De Wajdi Mouawad, nous vous présentons ce mois-ci Ciels qui fut le sujet d’une des belles controverses du dernier festival d’Avignon. L’oeuvre clôt le cycle du Sang des promesses qui fut donné en intégrale et, vient nous rappeler, à travers une sorte de thriller superbement écrit, le prix à payer de ce qui n’a pas été tenu. L’humanité est devenue une sorte d’immense mensonge, un commerce mondial de paroles vaines où l’art lui-même, n’est plus qu’un exutoire. Mouawad invente ici une forme post télévisuelle, une dramaturgie feuilletoniste, moderne et populaire qui dessine une part du théâtre d’aujourd’hui.
Trente représentations vont se succéder au cours de ce mois de mars, Quelques uns des artistes les plus incisifs seront du voyage, on découvrira le travail de David Bobée, nouveau venu dans l’art de la mise en scène, on retrouvera, à travers le Journal de Jean-Luc Lagarce, ce besoin de consolation impossible à rassasier dont parlait Stig Dagerman, on redécouvrira le « Labus » de Gallotta, on célébrera la beauté étrange et pénétrante du travail de Jan Lauwers que nous présentons en intégrale et l’on aimera toutes les musiques, de Boubacar Traoré à Gustav Mahler, de Rachmaninov à Bach, de Chopin à Phoenix.
Mars est un marqueur dans tous les théâtres, un moyen facile de lire l’état d’une société et le désir qu’elle a d’elle même. Le programme de ce mois-ci est une sorte de festival à lui seul, il affiche l’ambition d’une communauté et la place qu’elle réserve aux artistes… et à en juger par le succès que vous lui accordez, l’abstention ici n’a pas cours. Nous en sommes toujours étonnés.
A vous revoir vite
Michel Orier
Directeur