Le mois de Mars fait la part belle à quelques grands auteurs. Ceux d’entre nous qui participèrent à l’aventure de « Quichotte et les Invincibles » garderont longtemps en mémoire la figure minérale et solaire d’Erri de Luca mêlée aux voix et musiques de Gianmaria Testa et de Gabriele Mirabassi.
Ce petit spectacle, modeste mais essentiel, est d’abord un rendez vous de l’amitié, dialogue de mots et de musique autour de ce « vagabond de l’impuissance » que reste Don Quichotte.
« Aujourd’hui j’aime l’ivrogne qui ne trouve plus le chemin de sa maison » conclut Erri de Luca.
Et nous de rêver à un monde qui accepterait enfin de s’avouer plus faible mais non pas moins humain.
On a déjà eu l’occasion de le dire, le théâtre, comme la musique ou la danse, n’est pas une science exacte. Quand on réduit la question de l’artiste à son statut social, on oublie souvent l’essentiel, le cheminement qu’il faut accomplir, ces pas que l’on fait avec quelques certitudes chevillées au plus profond, et qui formeront un chemin que l’on est seul à connaître.
Pour que d’autres l’empruntent, il faut souvent savoir durer, dur désir selon Lacan.
Il a fallu à Joël Pommerat quinze années pour être reconnu, quinze années de travail, de compagnonnage, de fidélités conquises mais aussi d’isolement, de solitude, de doutes et d’obstination.
Son travail nous est apparu comme exemplaire, exemplaire de ce que peut être le théâtre aujourd’hui comme lieu d’invention et de révélation du monde, exemplaire de ce qu’il libère comme imaginaire, exemplaire de ce qu’il tisse comme liens entre celles et ceux qui s’y retrouvent le temps de la représentation.
C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lui consacrer un temps particulier de la saison et que nous avons souhaité, comme nous l’avions fait pour Jean-Luc Lagarce cet automne et comme nous le ferons pour Odile Duboc prochainement, présenter plusieurs de ses œuvres afin que l’on puisse se saisir de toute l’étendue de son langage.
Rokia Traore est de retour parmi nous, et de la plus belle façon puisqu’elle créera ici son nouveau spectacle avant la sortie de son nouvel album.
Il a fallu doubler le concert prévu pour satisfaire l’ensemble de vos demandes. Je me souviens encore de ses premiers essais dans le studio de la maison que je dirigeais alors.
Elle est aujourd’hui l’une des plus grandes voix de la musique africaine, les dix ans qui nous séparent de notre première rencontre illustrent une fois de plus la nécessité du temps, complément indispensable du talent et du travail de l’artiste.
Michel Orier - Directeur de la MC2: