Nous avons fêté Django comme nous l’avions imaginé : un festin musical, généreux, populaire et habité par l’esprit du plus grand des musiciens que ce pays ait offert au jazz.
Trois mille personnes, cent guitaristes amateurs serrés autour de la famille Reinhardt (au sens large du terme), des embouteillages de jam sessions au bar en guise d’after, tout cela pour témoigner de cette science de l’insouciance, de ce conte vivant, inaltérablement vivant, qui nous tricote des histoires d’enfants avant l’âge. Deux jours de joie pure à mettre au crédit de la maison.
La musique choisit son heure et son lieu. Difficile de prévoir même lorsque l’on sait d’elle deux ou trois choses. Ainsi du concert d’Alexandre Tharaud et d’Albin de la Simone que l’on supposait mais que l’on découvrit comme une vérité nue. Leçon d’humilité, rencontre initiatique et grand moment de musique qui prouve que la chanson n’est pas tout à fait un art mineur, n’en déplaise au grand Serge G... dont on parle beaucoup en ce moment.
A ce propos d’ailleurs courez voir le film sur Gainsbourg pour la performance d’Eric Elmosnino, que nous retrouverons ici à la rentrée dans les Feydeau de Françon.
De la musique, il y en a beaucoup en ce mois de février, il faut croire qu’elle ne craint pas l’hiver. Jérémie Rhorer, Sophie Karthauser, Marc Minkowski, Boris Berezovski, ce n’est pas une folle journée, mais Mozart et Rachmaninov sont sérieusement convoqués.
Suzanna Mällki dirigera son premier concert dans la maison à la tête de l’Ensemble Intercontemporain. Première femme à prendre la succession de Pierre Boulez, elle a choisi un programme centré autour de la musique de Romitelli, trop tôt disparu parce qu’une mauvaise tumeur nous l’a enlevé rapidement. Il faut aller à ce concert sans préventions, c’est une occasion trop belle pour découvrir la musique d’aujourd’hui dans ce qu’elle a de plus simple et de plus urgent. Qui parlait de musique sauvage avec tout le confort moderne ? Nous y sommes…
Zimmerman & De Perrot sont allés au Maroc confronter leur mécanique de précision dérisoire et drolatique aux Acrobates de Tanger, saltimbanques plagistes et tutoyeurs d’étoiles. Il ne nous reste qu’une poignée de places, la carte du ciel est le secret le mieux partagé.
Les tournées en Isère battent leur plein de spectateurs enthousiastes… Bertrand Bossard y a fait un malheur. A destination des publics qui sont éloignés de la rue Paul Claudel, les tournées MC2 remplissent leur mission de saine contagion à l’humaine condition. Allez y vous le verrez par vous-même, c’est fou ce qu’il y a de gens biens sur cette planète… pour peu qu’on éteigne la télé.
Jacques Osinski créera sa nouvelle pièce à partir du matériau d’un dramaturge japonais qu’il découvrit à Grenoble, c’est fou ce que le monde est petit… Le Grenier est une pièce qui raconte l’histoire d’une autre pièce, celle dans laquelle se réfugie toute une génération en mal d’altérité. Comédie loufoque et grinçante ou Sakaté croque une satire de la société japonaise, et de sa jeunesse, si lointaine et si proche de la nôtre.
A vous revoir vite
Michel Orier
Directeur