« Pour mon oeuvre littéraire, la vie en RDA était quelque chose comme l’expérience que Goya a faite du tiraillement entre sa sympathie pour les idées de la révolution française et la terreur de l’armée d’occupation napoléonienne. »
François Verret s’est nourri d’Heiner Müller, poète et dramaturge allemand, pour nous livrer, à travers sa dernière pièce Do You Remember No I Don’t, un écho du court récit que ce contemporain radical écrivit en 1972 à partir du mythe d’Héraclès.
De la lutte contre l’Hydre résulte une guerre sans bataille, un combat silencieux contre soi même. « Qui se débarrasse de son ennemi le retrouve dans son miroir » disait très justement Müller, et la bête nous emplit tout autant qu’elle nous cerne.
C’est tout le sujet de ce nouvel opus de Verret, fait de tableaux saisissants, et d’interprètes majeurs, auteurs d’une oeuvre juste, simple et libératoire.
Travail collectif avant tout, construit sur le dialogue des mouvements, de la musique, du son et des images, par lequel Verret nous dit plus fortement et plus sûrement que bien des livres, que nous ne changerons rien sans changer nousmêmes. Eteindre nos écrans pour mieux nous étreindre en quelque sorte.
C’est peut être aussi cela qui fait de cette saison un lumineux objet de désir.
On pourra, en feuilletant le programme de ces quelques semaines à venir, croiser quelques grandes oeuvres du répertoire (ne pas rater la musique pour cordes percussions et célesta par l’Orchestre du Festival de Budapest), s’interroger sur l’utilité d’écrire après Marivaux (tant le travail de Bezace et de ses comédiens est un enchantement), en finir avec Beethoven (c’est à l’objectif inverse que servent les intégrales), constater avec les acrobates d’Öper Öpis que nous sommes bien maladroits et croire avec Olivier Py et les contes de Grimm que tout est possible tant qu’il reste en chacun de nous un petit morceau d’enfance, suffisant pour y loger la part du rêve.
Un mot encore pour saluer la mémoire de Jean-Luc Idray, inspecteur pédagogique régional de l’académie de Grenoble, qui nous a quitté récemment et qui nous manque quotidiennement. Dans le combat, inégal mais déterminé, que nous menons contre l’abrutissement et pour l’émancipation de tous, il était un guerrier de premier ordre, un militant comme la musique n’en compte pas assez et un exemple de ce que l’éducation nationale peut faire de mieux. A toute sa famille, à ses proches, à tous ceux qui l’ont connu et aimé, nous présentons nos sincères condoléances.
Michel Orier
Directeur