Chroniques sommaires

6 février 2012

Retour à la vie normale...ou presque...enfin telle que nous la dessinons ici.

Nous nous acheminons vers l'une des rencontres les plus fortes de cette saison (qui n'en manque pas). Je veux parler de la mise en scène de Kristian Lupa, librement inspirée du texte de Lars Noren Catégorie 3.1, travail réalisé avec de jeunes comédiens issus des écoles de théâtre de Lausanne, Bordeaux, Paris et Strasbourg. Première incursion d'un maître du théâtre européen dans une langue qui n'est pas la sienne, Salle d'attente est une manière de chef d'œuvre, un moment de théâtre absolu.

Lars Noren a écrit cette pièce fleuve au terme d'une immersion de plusieurs mois  dans le monde clos des sans abris qui hantent une des places principales de Stockholm.

Dans la marge, au bord de la normalité, c'est à dire au cœur du chaos.

Le monde que révèle Noren nous emmène au delà de la culpabilité intermittente et cathodique à laquelle nous nous livrons rituellement, au fil des journaux télévisés. Celle-ci n'est pas le sujet, et le jugement est ici parfaitement inutile. Lupa nous propose une expérience collective, une lente descente au plus profond de chaque être, un voyage au long cours à l'intérieur des personnages et des acteurs qui les incarnent.

La mise en scène de Lupa, parce qu'elle réduit la pièce à une sorte de huis clos, fixe un condensé saisissant, qui dépasse les situations et joue sur l'étirement du temps pour les livrer à une passion à la fois moderne et intemporelle.

Il nous propose ce que le théâtre atteint rarement, mais ce pourquoi il est fait et résiste depuis deux mille cinq cents ans, il nous propose de prendre notre part d'humanité.

Lupa a mis en scène beaucoup plus qu’un univers de junkies, de clochards et de prostituées, il nous livre un monde en marge qui révèle une part d’ombre au moins autant constitutive de l’humanité que nous ne le sommes tous au travers de notre normalité quotidienne.

Dans cette Salle d’attente, comme chez Macaigne, il n’y aura pas de miracles, pas de happy end, pas de début et pas de fin, mais il y des hommes et des femmes, qui nous valent tous et que valent n’importe qui, comme dirait l’autre… et cette chose là est simplement magnifique.

Regardez bien ces jeunes acteurs, ils sont déjà l’avenir de notre théâtre.

À tout de suite.

Michel Orier
Directeur