Chroniques sommaires

19 mars 2012

On monte moins Molière et il ne faut pas le regretter.
Mieux même, on peut parier qu'en tant qu'auteur, il se réjouirait du goût de nos compatriotes pour l'écriture contemporaine. Car c'est de cela dont il est question, il ne s'agit pas d'un désintérêt pour le théâtre classique, mais d'un souci, partagé par un public toujours plus nombreux, de voir disséquer par la chair du plateau, ce qui fait nos ressemblances, la trame de nos secrets et les mécanismes de la marche commune qui anime nos sociétés.

Et alors Tartuffe, me direz-vous, Tartuffe que nous présentons deux semaines durant dans la très belle mise en scène d'Eric Lacascade. Que vient faire ici Molière, vieux de ces quatre cents ans, au milieu de toute cette modernité, de nos histoires qui n'ont que faire des égarements d'un faux dévot et d'un vieux barbon en mal d'église, alors même que nous nageons en pleine catharsis démocratique, à quelques jours du premier tour d'un scrutin essentiel à la marche de notre cher et vieux pays.
C'est précisément là l'utilité d'un classique, c'est à dire d'un texte sur lequel le temps ne peut commettre d'outrage parce qu'il a su saisir chez chacun d'entre nous une part d'intemporel qu'il inscrira, sinon pour l'éternité, du moins pour quelques dizaines de générations. Et dès lors, peu importe le contexte de l'écriture et l'époque qui l'a nourrie, seul reste sur la scène quelque chose du monde qui n'a pour ainsi dire pas changé.
Certes, ici et maintenant, les filles épousent bien qui elles veulent, mais les escrocs et les faussaires sont toujours légions, et ne peuvent exister sans ce mélange de fatuité, de certitudes vaines et d'obscurantisme qui caractérise toujours nombre de nos contemporains.
Tartuffe n'est finalement qu'un personnage tout à fait secondaire, mais d'une immense utilité par ce qu'il nous révèle que tout ce qui peut conduire à l'aveuglement, au fanatisme, à l'enfermement et finalement à la haine des autres et de soi, ne procède que de peu de choses.
Il faut aller voir ce Tartuffe d'hier, magnifiquement mis en scène par Eric Lacascade, servi par une troupe de superbes comédiens, pour mieux être à même de démasquer toutes les tartufferies d'aujourd'hui.

Akram Khan est aujourd'hui naturellement ici chez lui.
Malgré sa blessure qui l'a contraint à reporter la présentation de deux de ses pièces dont son dernier solo à la saison prochaine, le public grenoblois a réservé à Vertical Road un accueil impressionnant de ferveur.
Quatre représentations complètes, saluées par de longs applaudissements et quelques « standing ovation », on ne pouvait rêver mieux pour une première apparition dans l'agglomération.
Nous présenterons en février prochain, Gnosis et Desh, et Akram sera pour trois mois en résidence de création avec toute son équipe dans la maison. D'ici là, il faudra un peu de repos et de rééducation pour venir à bout de cette vilaine blessure.
On croise les doigts pour lui.

Michel Orier
Directeur