Le Président de la République l’a dit avec gravité : « J’ai besoin de tous les Français ». Accordons à notre Président qu’il ait vraiment besoin de nous, les artistes et ceux qui les accompagnent, un besoin concret, politique, que pour lui et les siens la fonction de l’Art dans notre société ne se résume pas à être une béquille pour tel ou tel domaine éducatif ou socioculturel. Mais s’il a besoin de nous, encore faut-il que nous existions. Ce fameux « besoin », la classe politique l’a-t-elle encore à l’esprit ? La politique culturelle n’est-elle pas devenue machinale ? Pourquoi le nier : c’est l’impression persistante, croissante des professionnels de la culture ; avec les exceptions, bien sûr qui confirment. Il nous faut réagir, il nous faut une Renaissance de la politique culturelle.
Le tissu artistique et culturel s’est enrichi depuis les années 1980 par l’intervention de l’État et des collectivités territoriales. Grâce à elles, de nouvelles possibilités artistiques et culturelles se sont ouvertes, ainsi que de nouveaux territoires. Mais la complexité administrative peut tourner parfois à la confusion. C’est pourquoi les professionnels de la culture demandaient depuis longtemps une loi d’orientation liée à une clarification de la décentralisation, une loi qui soit l’occasion d’un chaud débat public, d’une nouvelle mobilisation, d’une nouvelle intelligence.
En haut lieu, en tous lieux, on nous dit « Faites-en moins ». Mais le public ne l’entend pas ainsi. Le désir de théâtre, de spectacle vivant, reste vif et s’amplifie même malgré « la crise » ; les vocations ne tarissent pas malgré les difficultés des métiers. Eh oui, le problème d’une politique culturelle, c’est qu’elle crée plus de besoins qu’elle ne peut en satisfaire ! C’est une responsabilité que la puissance publique ne peut ignorer.
Le Président a promis que le spectacle vivant et les arts plastiques seraient épargnés du gel des crédits(de 6%) ponctionnant le ministère de la Culture en 2013… On nous fait miroiter ce fameux dégel pour « bientôt », ainsi qu’une réforme favorable de l’Intermittence, mais le temps passe. Nous attendons toujours, artistes de toutes disciplines, artisans du spectacle, responsables d’institutions, associations, festivals… Au plan national, la culture n’est pas une question annexe. Si l’art est marginalisé, cela ne signifie pas seulement une crise de la politique culturelle, cela constitue une crise de la politique. Car, s’il s’agit bien de penser notre présent et notre avenir, l’art y participe pleinement… Si nous en appelons au Président de la République, c’est que cette question du budget culturel a toujours été dans notre Ve République sous la protection active du Président. Quels que soient les efforts de la ministre de la Culture, sans l’appui de l’Élysée, nous savons que nous n’obtiendrons pas d’arbitrages décisifs.
En deux mots : il faut confirmer dans les faits le dégel franc et total de la mise en réserve 2013 et le refus des baisses de financements ici et là. Il faut que le ministère de la Culture soit de nouveau proclamé comme prioritaire et sanctuarisé dans son budget. L’exemplarité de l’État doit se prolonger dans les garanties financières qu’il doit accorder aux collectivités territoriales pour qu’elles continuent de soutenir toute la culture. Il faut que 2014 et 2015 ne viennent pas trahir et renverser ces engagements (c’est-à-dire que le budget soit, a minima, indexé sur l’inflation).
Et n’oublions pas les crédits de « transmission des savoirs et démocratisation culturelle », si chers aux socialistes dans les mots, mais qu’on a sabrés en 2012 et 2013 : absurde contradiction… Y aurat-il encore une politique de gauche pour l’art et la culture ? Cette question s’adresse d’ailleurs, au-delà du Président, à toute la gauche…
La situation de notre secteur est au bord de l’explosion, simplement maintenue en suspens par une sorte de solidarité instinctive avec notre gouvernement. Mais si celui-ci nous lâche, les choses se dégraderont très vite… Le souvenir de l’été 2003 est un cauchemar pour tous. Et il s’agissait alors de la seule question des Intermittents du spectacle, qui est au coeur de toutes nos activités créatrices.
Aujourd’hui, c’est toute la structure qui est mise en danger à court terme et qui enrage. Si rien n’est fait rapidement, le mauvais vent se lèvera tout seul.
Syndeac
Syndicat National
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Artistiques et Culturelles