Georges-Frédéric Haendel n’a que 21 ans lorsqu’il entreprend son « grand tour » en Italie. Peu après son arrivée à Rome, il compose pour la fête des vêpres de Notre-Dame du Mont Carmel la musique du Psaume 109, Dixit Dominus. On constate qu’il cherche à y démontrer sa totale maîtrise du style italien en usage à Rome. Cette oeuvre exubérante s’adresse à des exécutants virtuoses : les trois solistes étaient des castrats prêtés par la chapelle papale. Les choeurs manifestent une inventivité constante et vigoureuse et suivent les humeurs contrastées du psaume. Esprit pastoral, sensualité expressive du chant, violence de certaines images, explosion jubilatoire de la foi latine : on est surpris qu’un Saxon de confession luthérienne fasse encore mieux que les Caldara, Durante et Vivaldi qui l’ont inspiré. Gabriel Fauré affirme avoir entrepris la composition de son Requiem « pour rien…pour le plaisir » ; il cherche à y exprimer sa conception de la mort, « une aspiration au bonheur d’au delà plutôt que comme un passage douloureux ». Les cinq parties qui en constituent la version originale furent données lors d’un office funèbre en janvier 1888 à La Madeleine ; la maîtrise et le garçon soprano soliste étaient accompagnés par un petit ensemble instrumental constitué de cordes graves (sans violons), d’une harpe, d’un violon solo, de timbales et de l’orgue Cavaillé Coll dont Fauré deviendra titulaire. Fauré ajouta l’Offertoire et le Libera me l’année suivante, puis un ensemble de cuivres et un baryton soliste en 1893. C’est cette dernière version que l’on entendra lors de cette soirée, avec un soprano féminin dans le Pie Jesu. Une troisième version pour orchestre et choeurs symphoniques fut publiée en 1900. La fameuse séquence, du Dies Irae au Lacrimosa, n’est pas incluse dans le Requiem de Fauré. C’est une oeuvre intime, sans effets théâtraux ni flamboyance romantique. Seule compte pour Fauré la profondeur de l’expression. L’impression générale est celle d’une foi en une « délivrance heureuse » à caractère plus humain que divin. Michel Corboz, né en 1934, étudie le chant et la composition au conservatoire de Fribourg. Il fonde l’Ensemble Vocal de Lausanne en 1961 avec lequel il interprète les musiques a capella de la Renaissance ainsi que les grands oratorios baroques, classiques et romantiques. L’EVL est aujourd’hui constitué d’un noyau de jeunes professionnels auquel peuvent s’ajouter des choristes de haut niveau selon les oeuvres choisies. Il collabore avec l’Ensemble Instrumental de Lausanne qui donnera ce concert sur instruments modernes. Les sopranos Anne Montandon, Sylvie Wermeille et Maëlle Vivarès, membres de l’EVL, en assurent régulièrement les parties solistes. Le baryton allemand Christian Immler a chanté le rôle de Jésus dans La Passion selon Saint-Jean de Bach dirigée par Marc Minkowski en 2010 à la MC2. L’importante discographie de l’EVL comprend le Requiem de Fauré qui, sous la direction de Michel Corboz, a obtenu un « Choc de l’année du Monde de la musique » en 2007.<programme> Haendel : Dixit Dominus > Fauré : Requiem (version 1893)
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