À l’heure où les équilibres publics sont mis à l’épreuve et alors que nous abordons de nouvelles échéances politiques, il n’est peut-être pas inutile de rappeler collectivement la chance que nous avons : celle de vivre dans un pays où la culture fait l’objet d’un engagement public fort. Prix unique du livre, soutien au cinéma via une taxe sur chaque billet vendu, réseau de musées sur tout le territoire, accompagnement des artistes et de la création… Cette « exception culturelle », souvent enviée, demeure une fierté nationale et elle continue de faire sens : 86 % des Français jugent la culture essentielle à leur qualité de vie (Ifop, avril 2026).
La MC2: Grenoble s’inscrit dans cette histoire. Nos 22 000 m2 font de nous la plus grande institution publique du réseau labellisé « Scène nationale » par le ministère de la Culture. Les quatre salles que
vous fréquentez régulièrement sont complétées de deux studios de danse et d’une salle de répétition, d’un atelier de construction de décors et d’un autre pour la confection de costumes. C’est donc à Grenoble que l’on peut visiter le plus bel outil pour la création et la programmation de spectacles vivants pluridisciplinaires en France.
Cet outil exceptionnel est vital pour concrétiser les projets des compagnies et des artistes. Vous faites de ces murs un lieu vivant et partagé. Saison après saison, la fréquentation progresse, les salles se remplissent, et les publics se renouvellent et se rajeunissent. Votre présence, votre curiosité, votre fidélité sont notre moteur. Elles témoignent d’un désir partagé de culture, d’émotions et de découvertes, et constituent le plus précieux des encouragements pour les artistes comme pour les équipes.
Pour autant, la situation reste incertaine. Car c’est bien tout un écosystème qui se fragilise en ce moment : celui qui permet de proposer des billets à des tarifs accessibles ; celui qui garantit la diversité des œuvres, des lieux et des missions sur notre territoire ; celui qui permet aux artistes d’aller, tout au long de l’année, à la rencontre des plus jeunes et de toutes celles et ceux qui sont éloignés de la culture ; celui, enfin, qui fait de l’art autre chose qu’un simple divertissement.
Au-delà des questions de financement, c’est bien d’un projet de société dont il s’agit. En choisissant, il y a plus de vingt ans, de réunir en un même lieu les fonctions essentielles de la création du spectacle vivant*, Grenoble a fait un pari singulier. Il nous appartient, collectivement – artistes, équipes, publics, élus – d’en faire vivre la pertinence, avec exigence et humilité. Et de garder en tête cette question, souvent prêtée à Winston Churchill lorsqu’on lui proposait de réduire le budget de la culture pour soutenir l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? » Une manière de rappeler, simplement, que ces lieux sont essentiels à la dynamique d’un territoire et à sa cohésion, bien au-delà des spectacles que nous proposons.
Arnaud Meunier
Directeur
*Le CDNA (Centre dramatique national des Alpes) a fusionné avec la Maison de la Culture de Grenoble en 2014.
