Le Munstrum Théâtre poursuit avec jubilation l’exploration du répertoire classique, déjouant toutes les attentes et continuant de creuser les obsessions chères à la compagnie : irrévérence, maîtrise et dérision.
Après Molière ou Copi (40° sous zéro reste dans nos mémoires), le Munstrum Théâtre continue de revisiter les grands auteurs en faisant fi de tout académisme. Avec Makbeth, il s’empare de la figure du monstre shakespearien et franchit une nouvelle étape dans sa radicalité poétique. Alors que la guerre déferle sur la lande, le capitaine Makbeth apprend que la couronne est à portée de main. Épaulé par son épouse Lady Makbeth et pressé par son ambition, il assassine le roi Duncan qui passe justement la nuit dans son château. À présent sur le trône, Makbeth n’a de cesse de vouloir accroître son pouvoir et assurer sa sécurité. Il élimine un par un ses ennemis potentiels et s’enfonce dans une spirale de violence qui le conduira à la folie. Pour incarner ce drame sanglant, Louis Arene, Lionel Lingelser et leurs acolytes du Munstrum Théâtre, épaulés par Lucas Samain pour la traduction et l’adaptation, déploient, sans mesure et avec un humour corrosif, leur fascinant théâtre de la cruauté. Un spectacle viscéral, brut et sensuel qui cherche à réveiller notre époque crépusculaire.
Photos © Jean-Louis Fernandez © Fabrice Robin
Biographie : Louis Arene
Louis Arene est comédien, metteur en scène et plasticien. Il fait ses études au lycée Claude Monet, où il rencontre Emmanuel Demarcy-Mota avec lequel il jouera par la suite dans plusieurs spectacles (Le Diable en Partage et Marcia Hesse de Fabrice Melquiot, Peine d’Amour Perdue de Shakespeare. Il se forme ensuite à l’École du jeu (École de théâtre de Paris) puis entre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Il a pour professeur•e•s Alain Françon, Dominique Valadié, Michel Fau, Mario Gonzalez, Christiane Cohendy, Caroline Marcadé… Il se passionne très vite pour le travail du corps et un théâtre physiquement engagé. La danse et l’improvisation seront très tôt présents dans ses travaux.
En sortant du Conservatoire, il écrit, met en scène et interprète son premier spectacle, le solo La Dernière Berceuse, qui obtient le Prix des Arts de l’Académie Nationale d’Art Dramatique Silvio d’Amico de Rome et le Prix du Jury 2011 du festival Passe-Portes de l’île de Ré. Pensionnaire de la Comédie-Française entre 2012 et 2016, il y met en scène et joue La Fleur à la bouche de Pirandello.
Il y joue pour de nombreux•ses metteur•e•s-en-scène : Muriel Mayette, Christian Hecq et Valérie Lesort, Clément Hervieu-Léger, Giorgio Barberio Corsetti, Jean-Yves Ruf… En 2015, il créé les masques de Lucrèce Borgia de Victor Hugo dans la mise-en-scène de Denis Podalydès. En dehors de la Comédie-Française, il joue pour Philippe Calvario, Laurent Hatat, Cosme Castro et Jeanne Frankel, Annabelle Simon, Dominique Catton, Mélodie Berenfeld…
En 2012, il fonde le Munstrum Théâtre avec Lionel Lingelser, compagnie au sein de laquelle il est metteur en scène, acteur, scénographe et créateur de masques. Louis Arene monte notamment Le Chien, La Nuit et le Couteau (2016) de M. von Mayenburg et 40° Sous Zéro (2019), diptyque autour de L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Les Quatre Jumelles de Copi, et Zypher Z (2021), création mobilisant toute l’équipe du Munstrum, écrite en collaboration avec Kevin Keiss. Avec Lionel Lingelser il co-signe la mise en scène de L’Ascension de Jipé (2014) et Clownstrum (2018) et intervient comme collaborateur artistique sur le solo Les Possédés d’Illfurth (2021).
En 2022, il monte Le Mariage Forcé de Molière au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, qui sera repris au Vieux Colombier et en tournée à l’automne 2025. En 2024, la compagnie reçoit deux Molière pour 40° sous zéro : Théâtre Public & Mise en Scène d’un spectacle de Théâtre public. En février 2025, avec le Munstrum, Louis Arene crée le spectacle Makbeth, d’après Shakespeare, traduit et adapté avec Lucas Samain.
Au cours de la saison 2019 – 2020, il est intervenant metteur en scène à l’Université Bordeaux-Montaigne, auprès des étudiant•e•s en deuxième année. En 2023 il intervient comme metteur en scène et pédagogue à L’Académie de l’Union à Limoges, à l’ENSATT à Lyon où il crée le cabaret Dirty Diva Apocalyptica et à l’ESCA à Asnières. Illustrateur, il a publié un livre pour enfants, Histoires et Célèbres Inconnues (2007), avec Fabrice Melquiot. Il prête régulièrement sa voix pour des livres audios des Editions Gallimard et Thélème.
Note de la mise en scène
Tout comme Makbeth, les hommes puissants commettent encore des massacres au nom de la paix et sous le vernis de notre civilisation éclairée, la barbarie gronde. Comment ne pas reconnaitre dans l’ensauvagement des conflits mondiaux actuels l’escalade meurtrière du
héros shakespearien ?
Nous montons Makbeth car la douleur de ce monde est insupportable.
Inlassablement, regarder la violence en face, l’enfer que l’humanité s’est créé pour elle-même. Essayer d’interpréter les schémas qui nous plongent dans le malheur pour tenter d’endiguer leur répétition cyclique. À l’échelle de l’histoire de l’humanité mais aussi à celle de notre
quotidien, dans nos relations aux autres et à la réalité. Car au-delà de la fable politique, c’est aussi nos ténèbres individuelles que la pièce nous incite à contempler. Notre rapport au pouvoir, à l’ambition et à la domination. La pièce met en scène le chaos créé par nos fantasmes, quand nous perdons notre vie en tentant de la gagner, quand l’illusion du gain camoufle le risque de la perte de ce que nous avons déjà. Pour autant Shakespeare n’est jamais donneur de leçon. En poète, il apporte de la complexité à notre perception du réel. Il nous montre que rien n’est univoque, que les choses contiennent leurs envers et qu’elles sont toujours sujettes à des interprétations variables. Les contraires s’attirent et du plus grand bien peut jaillir le mal absolu. La tragédie de la pièce, c’est celle de l’utopie d’un monde meilleur qui devient infernal. Car les époux Makbeth ne sont pas diaboliques par nature, ils aspirent à la paix et à un futur lumineux et vivable mais par une terrible erreur de jugement, une mauvaise interprétation d’un oracle équivoque, ils commettent un massacre pour obtenir cette paix. Makbeth croit avoir obtenu le don de clairvoyance mais en réalité il est aveuglé par les prédictions. Il espérait la sécurité, l’admiration, la paix, mais son acte d’usurpation en détruit toute possibilité et une fois au pouvoir, il obtient l’insurrection, la haine et la guerre.
Nous montons Makbeth car l’enfer de ce monde est inacceptable.
Mais nous montons aussi Makbeth car au Munstrum, notre quête est celle de la Joie. Pourquoi alors plonger dans cet enfer et s’attaquer à la pièce la plus sombre de Shakespeare ? Peut-être parce que, comme il nous l’apprend, les ténèbres sont pétries de lumière et sans malheur,
il n’est pas de véritable Joie. L’une est la condition de l’autre. C’est en embrassant les ténèbres, en les traversant que l’on donne à notre Joie sa valeur véritable. Car justement interprétés, nos malheurs deviennent le prologue de nos bonheurs futurs. L’alchimiste transforme le
plomb en or. Le Théâtre transforme les désastres et en fait les fondements de notre délivrance. C’est ce qui fait de la représentation théâtrale une expérience sacrée. La catharsis nous permet l’empathie, la consolation, la métamorphose. Elle nous donne la force de regarder les monstres en face et peut-être de les affronter.
C’est pour nous que Makbeth plonge dans l’horreur du crime et qu’il se déshumanise. Il se
sacrifie pour que nous, en contemplant sa chute avec effroi, nous devenions humains.
Louis Arene