Fermeture de la billetterie MC2

les samedis 24 et 31 octobre

Fermer

23/10/2026

Voir toutes les actualités

Réseaux sociaux

À l’occasion d’Octobre Rose, la MC2 donne la parole à plusieurs artistes de sa programmation. Chacune porte un regard singulier sur le corps féminin, la santé des femmes et la place de l’art face aux tabous qui entourent la maladie. Sans prétendre apporter de réponse unique à ces questions, leurs témoignages ouvrent des pistes de réflexion et donnent à entendre des voix différentes, nourries par leurs parcours et leurs pratiques artistiques.

Elsa Imbert, autrice, metteuse en scène
et comédienne
« Il ne faut pas attendre pour en parler »

En tant qu’artiste féminine, je pose en général un regard assez méfiant sur la manière dont, périodiquement, la société nous intime de « songer » ou d’être « sensible à ». Encore plus, à un moment où les personnes à souffrir d’un cancer sont de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreuses autour de moi.
Je me dis qu’il ne faut pas attendre pour en parler, mais sortir les mégaphones, placer ce combat au coeur des débats et contrer fermement les pressions de l’industrie des pesticides.
Je suis certaine que l’Art a un rôle important à jouer dans cette lutte. L’Art agit toujours comme un miroir grossissant, comme le bain d’un liquide révélateur.
Récemment, j’ai été très touchée par la performance de la comédienne Tao Okamoto qui interprète dans le film Soudain, une jeune artiste atteinte d’un cancer très agressif. Malgré le cancer, celle-ci s‘efforce de continuer à travailler, de lier de nouvelles amitiés, refusant de se laisser définir par la maladie. On ne peut que s’identifier très fortement à son combat.


Aina Alegre, chorégraphe
« La danse permet d’aborder le corps autrement que par les mots »

En tant que femme et artiste, quel regard portez-vous sur la façon dont on parle du corps féminin et de la santé des femmes, notamment à l’occasion d’Octobre Rose ?
Je trouve important que ces questions puissent être abordées publiquement, car le corps des femmes reste traversé par beaucoup de représentations, d’attentes et parfois d’injonctions. On parle souvent du corps féminin à travers son apparence, sa capacité à donner la vie, sa jeunesse ou sa beauté, mais moins de ce qu’il traverse, de ses transformations, de sa fragilité et de sa puissance.
En tant que chorégraphe, je m’intéresse au corps comme un lieu de mémoire, de sensations et d’expériences. Un corps n’est jamais seulement une image : c’est un corps vivant, qui change, qui traverse des états, qui nous échappe parfois. Octobre Rose permet de rendre visible une maladie qui touche de nombreuses femmes. Mais il me semble également essentiel de pouvoir parler de la santé des femmes au-delà de cette période, et de laisser de la place à des expériences multiples, qui ne se ressemblent pas toutes. Il faut pouvoir parler de la maladie sans réduire les femmes à leur maladie, ni leur imposer une manière particulière de la vivre.

La scène, la danse et le cinéma donnent une place particulière au corps : pensez-vous que l’art peut contribuer à briser les tabous autour du cancer du sein, du dépistage et de l’après-maladie ?
Oui, je pense que l’art peut ouvrir des espaces de parole et de perception différents. Il ne remplace évidemment ni l’information médicale ni les dispositifs de prévention, mais il peut nous aider à regarder autrement ce que nous avons parfois du mal à nommer. La danse, en particulier, permet d’aborder le corps autrement que par les mots. Elle donne à voir des présences, des sensations, des transformations, des vulnérabilités. Elle peut rendre perceptibles des expériences qui restent souvent invisibles ou difficiles à partager. Je pense notamment à l’après-maladie, dont on parle parfois moins : comment habiter à nouveau son corps, comment se reconnaître, comment retrouver une relation à soi et aux autres ? Le corps continue de vivre et de se transformer, mais le regard que l’on porte sur lui peut changer profondément. L’art peut offrir un espace où ces questions existent sans qu’il soit nécessaire d’apporter immédiatement des réponses.

Si vous aviez un message à adresser aux femmes à l’occasion d’Octobre Rose, au-delà des campagnes de sensibilisation, qu’aimeriez-vous leur dire ?
J’aimerais leur dire que chaque expérience est singulière et qu’il n’y a pas une seule manière d’être une femme, d’habiter son corps ou de traverser la maladie.


Catherine Hargreaves, autrice, metteuse en scène, traductrice
« Toute forme de création participe à la conscientisation, mais ce n’est pas assez »

En tant que femme et artiste, quel regard portez-vous sur la façon dont on parle du corps féminin et de la santé des femmes, notamment à l’occasion d’Octobre Rose ?
Souvent, quand une femme présente des symptômes de maladie, elle se confronte à de l’inaction médicale. Il est vu comme normal qu’une femme ait mal. La façon d’en parler, pour être prise au sérieux n’existe pas. Je ne sais pas si c’est une question de langage, si c’est en changeant le langage ou l’expression (verbale ou pas) qu’on change la mentalité. C’est sûr que toute forme de création (création d’autres langages) participe à la conscientisation, mais ce n’est pas assez. Il faut, je crois, que les personnes ayant du pouvoir sur la santé des femmes soient en majorité des femmes. Ça aide souvent, pas toujours (c’est parfois pire qu’avec les hommes d’ailleurs), mais souvent.

La scène, la danse et le cinéma donnent une place particulière au corps : pensez-vous que l’art peut contribuer à briser les tabous autour du cancer du sein, du dépistage et de l’après-maladie ?
Oui mais ça ne suffit pas. Et puis pour le moment, la seule forme qui ait fait cela et que je connaisse est la littérature. J’ai lu dernièrement le roman L’octopus et moi d’Erin Hortle qui parle d’une femme se reconstruisant psychiquement et physiquement après un cancer du sein.
Briser les tabous c’est important, mais s’attaquer aux causes des cancers comme les pesticides par exemple, l’est tout autant et l’art peut aider en ce sens.

Si vous aviez un message à adresser aux femmes à l’occasion d’Octobre Rose, au-delà des campagnes de sensibilisation, qu’aimeriez-vous leur dire ?
Prenez-vous au sérieux même si on ne le fait pas face à vous, personne ne sait mieux que vous ce qui se passe dans votre corps, il existe toujours des solutions, même si elles ne sont pas toujours là où on les attend.


Sade Kamppila & Philomène Perrenoud, circassiennes
« L’art a toujours le potentiel de briser les tabous »

En tant que femme et artiste, quel regard portez-vous sur la façon dont on parle du corps féminin et de la santé des femmes, notamment à l’occasion d’Octobre Rose ?
En tant qu’artistes de cirque, nous travaillons quotidiennement avec notre corps, qui est notre principal outil acrobatique. La relation que nous construisons avec notre propre corps et avec celui des autres repose sur la confiance et une écoute attentive.
[…] L’acrobatie nous apprend beaucoup sur la motivation, la confiance, la capacité à affronter ses peurs pour en ressortir plus fort, mais aussi sur l’importance de savoir écouter ses propres besoins et de les faire respecter.
Ces apprentissages sont précieux dans de nombreuses situations de la vie, et particulièrement lorsqu’on doit traverser une période très difficile, comme une maladie. Garder espoir, même dans les moments les plus éprouvants, est une capacité que nous souhaiterions voir reconnue comme un droit pour chacun et chacune.

La scène, la danse et le cinéma donnent une place particulière au corps : pensez-vous que l’art peut contribuer à briser les tabous autour du cancer du sein, du dépistage et de l’après-maladie ?
L’art a toujours le potentiel de briser les tabous. Dans le cirque, les femmes que l’on voit sur scène ont rarement des corps correspondant aux canons du « top model ». Ils ressemblent peut-être davantage à ceux de guerrières, façonnés par des années d’entraînement physique intensif. Ce sont des corps puissants, capables et expressifs, qui racontent aussi une autre histoire de la féminité.
Le cirque n’est peut-être pas la forme artistique la plus évidente pour aborder directement des sujets comme le dépistage précoce ou la reconstruction après un cancer du sein. Notre art, qui repose souvent sur l’absence de paroles, se prête davantage à des récits abstraits qu’à des histoires précises et explicites.
En revanche, nous sommes convaincues que la pratique du cirque et de l’acrobatie, ainsi que la communauté qui se construit autour de cette pratique, peuvent jouer un rôle précieux à différentes étapes de la vie. Encourager chacune et chacun à prendre soin de sa santé, notamment en participant aux dépistages recommandés, et offrir, grâce au mouvement et au soutien collectif, un espace pour se reconstruire pendant et après la maladie sont des possibilités qui nous semblent tout à fait pertinentes.


Si vous aviez un message à adresser aux femmes à l’occasion d’Octobre Rose, au-delà des campagnes de sensibilisation, qu’aimeriez-vous leur dire ?
Nous aimerions partager quelques mots qui nous guident souvent dans notre pratique, lorsque nous cherchons à maîtriser quelque chose de nouveau, qui nous impressionne ou nous fait peur : avancez un jour à la fois, en gardant votre objectif à l’esprit. Avoir peur est normal, et la peur ne doit pas nécessairement vous empêcher d’essayer. Notre corps recèle parfois des réserves de force et de courage insoupçonnées, qui peuvent nous aider à traverser ce que nous devons affronter. Et même lorsque le chemin est difficile, chaque petit pas compte.