En une journée où tout vacille – hiérarchies, certitudes, ordre établi – Lucile Lacaze remet en mouvement la mécanique redoutable de Beaumarchais. Sur un plateau vivant, le théâtre se fabrique à vue, porté par une troupe resserrée qui rend chaque situation étonnamment actuelle. Figaro et Suzanne veulent se marier, mais le Comte impose sa loi : à partir de ce déséquilibre, tout s’emballe. Alliances, ruses et renversements s’enchaînent, tandis que les femmes mènent la danse et déjouent les pièges. Avec le rire pour moteur, Lucile Lacaze révèle la modernité éclatante de cette comédie écrite à la veille de la Révolution : un théâtre d’audace, de liberté, et déjà profondément féministe.
Adaptée pour 3 comédiens et 3 comédiennes, La folle Journée sera une version endiablée et condensée de l’histoire de Beaumarchais, resserrée autour de ses figures essentielles (Suzanne, Figaro, le Comte, la Comtesse, Chérubin et Marceline). Ce focus n’exclura pas la présence et les actions ponctuelles de certains personnages secondaires. Dans ce travail d’adaptation le texte de Beaumarchais ne sera pas une œuvre intouchable, mais un matériau que nous nous autoriserons à couper et remanier jusqu’à la réécriture de certaines scènes.
NOTE D’INTENTION
Avec La folle Journée, je veux continuer à interroger le désir comme lieu de rapport de force entre classes sociales : l’histoire raconte la volonté d’un aristocrate de restaurer le droit de cuissage pour abuser sexuellement d’une jeune domestique. Rendre compte des enjeux de l’intrigue, sans les édulcorer (sous le prétexte qu’il s’agirait d’une comédie), c’est poursuivre l’étude et la représentation de deux violences, une violence de classe et une violence de genre, qui étaient déjà au centre de mes précédents travaux (Beaucoup de Bruit pour rien, Nana et Mesure pour mesure).
Je pars du principe qu’une bonne comédie expose toujours un problème politique à travers une histoire de mœurs.
L’horreur du droit de cuissage, au cœur de La folle Journée, sert de métonymie à tous les abus de la société aristocratique. Et la résistance de Suzanne (aidée par les autres membres de la maison) laisse entrevoir la lutte pour l’abolition des privilèges ; derrière la révolution domestique s’aperçoit la Révolution. En mettant l’accent sur la mise en échec perpétuelle du comte Almaviva, je voudrais matérialiser comment la pièce peint un monde aveugle et déliquescent, celui de l’aristocratie qui voit, sans comprendre, son pouvoir absolu décliner et remis en cause. Cette victoire sur le maître, d’abord confié à Figaro, est surtout la réussite des personnages féminins (Suzanne, la Comtesse et Marceline). Par leur alliance elles prennent tous les hommes de court et assènent le coup final. Ils terminent à genoux implorant le pardon et la réconciliation.
Au delà du conflit entre Suzanne et le comte, je vois le désir, sexuel ou amoureux, comme le moteur principal de la pièce de Beaumarchais. Qu’il soit réciproque ou contrarié, il met en action tous les personnages, sert de terreau au désordre social qui bouleverse le microcosme de la pièce. L’amour entre Suzanne et Figaro n’est-il pas le ferment de leur résistance au Comte ? La Comtesse ne se révolte-t-elle pas contre sa condition grâce à sa relation ambiguë avec Chérubin ? Le désir est ici l’expression du furieux appétit de liberté et de vie qui traverse tous les personnages. Avec ses multiples facettes, il alimente une tension entre vitalité et destruction dont l’énergie traverse toute la pièce.
Lucile Lacaze, metteuse en scène et scénographe
Lucile Lacaze est formée à la mise en scène à l’ENSATT, après un parcours pluridisciplinaire (jeu, scénographie et costume). En 2020, à l’issu de sa formation, elle monte Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare, et fonde sa compagnie La Grande Panique. Artiste associée du Théâtre des Clochards Célestes (Lyon), Lucile crée Nana, une adaptation du roman de Zola, ainsi que Notre Jeunesse, seul en scène écrit et interprété par Erwan Vinesse. En septembre 2023, elle crée Mesure pour mesure de Shakespeare, spectacle lauréat du Prix Incandescences 2024. Parallèlement, elle a été l’assistante de Simon Delétang, de Baptiste Guiton à France Culture et de Laurent Fréchuret. En 2024, elle a assisté Macha Makeïeff sur sa création de Dom Juan de Molière.