Après ses performances fiévreuses (Hope Hunt and the Ascension into Lazarus ou Navy Blue), Oona Doherty met en scène avec Specky Clark une fresque narrative. Entre histoire familiale et mythologie irlandaise, la chorégraphe nous offre certainement son œuvre la plus intime.
Installée en France, la chorégraphe de Belfast nous parle de ses racines et du contexte dans lequel elle a grandi, dans une Irlande du Nord entre industrialisation et agriculture. Mêlant des souvenirs personnels à la mythologie, elle signe une œuvre chorégraphique autour de la vie de son arrière-arrière-grand-père, Specky Clark, alors tout jeune garçon de la classe ouvrière de Belfast. Du côté paternel, les hommes travaillent à l’abattoir et aux docks. Du côté de sa mère, dans la boucherie familiale, à Belfast. Au sein de cette lignée, Specky Clark, âgé de sept ans, dansait. Il dansait à en perdre le souffle, comme pour survivre, à l’image du célèbre personnage de cinéma Billy Elliot. Sur scène, neuf interprètes nous invitent à suivre cet enfant. Au rythme d’une musique tantôt folklorique, tantôt hypnotique, au fil de chorégraphies parfois burlesques parfois enflammées, nous plongeons, à leurs côtés, dans cette aventure où fiction et réalité s’entremêlent avec délice.
Mon mythe personnel. Un son primitif et sombre nous entraîne dans une réalité alternative, un endroit que l’esprit ne peut atteindre qu’à travers le chagrin. Porté dans les bras de l’Irlande. Inspirations « The Butcher Boy » de Pat McCabe, « Billy Elliot » de Stephen Daldry, Francis Bacon, « Animal Farm » de George Orwell, mon père dans l’abattoir, mon grand-père dans la boucherie, mon arrière-arrière-grand-père sur le bateau, un jeune garçon dansant dans une peinture de Francis Bacon. En cette nuit d’Halloween, le voile a été levé sur des mondes et des parties de nous-mêmes que nous ne soupçonnions pas. C’est dans la douleur et la peine que l’on construit un homme dur. Les murs sont bâtis sur la perte.
Oona Doherty
Note d’intention
Specky Clark, mélange d’histoire personnelle et de mythologie irlandaise. En partie fictionnel, en partie biographique, les éléments se chevauchent et il devient difficile de déterminer ce qui relève du mythe et de la réalité.
Cela remonte au temps où les familles travaillaient dans les abattoirs de Belfast ; et possédaient des cochons au fond du jardin.
Il y a quelque chose « dans la viande », dans ma chair, dans ma lignée, une vulnérabilité rose et charnue que l’on retrouve en moi, dans ma danse.
Pour cette pièce, dévoilée par une série d’images théâtrales, Oona Doherty collabore avec de nombreux partenaires fidèles comme nouveaux. La bande-son du spectacle, réalisée par le concepteur sonore Maxime Jerry Fraisse, comprend notamment les musiques du groupe irlandais Lankum, de l’artiste traditionnel sarde Gavino Murgia, ou encore des titres récents de David Holmes et Raven Violet. La chorégraphe a travaillé avec la dramaturge irlandaise Enda Walsh, la scénographe Sabine Dargent, le costumier Darius Dolatyari-Dolatdoust en collaboration avec Constance Tabourga et son éclairagiste de longue date John Gunning.
La pièce est interprétée par une troupe internationale de 9 danseurs.
Biographie d’Oona Doherty
Elle se consacre à la danse-théâtre dès 2010 avec plusieurs compagnies internationales dont TRASH (Pays-Bas), Abattoir Fermé (Belgique), Veronika Riz (Italie), Emma Martin/United Fall et Enda Walsh & Landmark Productions (Irlande).
Sa chorégraphie distinctive et viscérale a suscité une attention internationale, lui valant de multiples prix, des critiques dithyrambiques et des opportunités artistiques prestigieuses, tant en Irlande qu’à l’étranger.
Son solo Hope Hunt and the Ascension into Lazarus (2015) a été récompensé par le prix du meilleur interprète du festival Fringe de Dublin en 2016, et l’année suivante, elle a reçu le prix du jury et du public au concours Reconnaissance de Grenoble, puis a remporté le Total Theatre Dance Award au Festival d’Edimbourg.
Elle crée Lady Magma: The Birth of a Cult, en 2019, année où son oeuvre sera mise en lumière aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis. L’année 2021 voit la première collaboration d’Oona Doherty avec (LA)HORDE, collectif à la tête du Ballet national de Marseille.
Cette même année, elle reçoit le Lion d’argent de la Biennale de Venise pour son oeuvre chorégraphique.
Elle crée sa première grande pièce de groupe avec Navy Blue en 2022, un ballet sur la musique de Sergei Rachmaninov et la création originale du compositeur anglais Jamie xx.
En juillet 2023, Oona Doherty déménage à Marseille. La compagnie OD Works s’y installe également.
